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vendredi 12 octobre 2012

Jericho Z Barrons et l’Ondine sibylline #23 par Erika Cazaux

Coucou ma petite charlotte aux fraises.

Désolé je t'ai un peu délaissé cette semaine, j'ai pas trop eu le temps de m'occuper de toi. Je vais essayer d’être un peu plus productrice de la touffe la semaine prochaine. Déjà tiens toi prête demain j'ouvre un espace pour la lecture de "fievre fae".
Un billet sur l'actus d'iced est aussi en préparation.

En tout cas en attendant je te laisse te régaler avec la fin de la fanfiction    d''Erika.
Je me doute que tu dois avoir la jambe triste de cette nouvelle. Alors pour te remonter le moral, j'ai envie de te dire cours sur son blog, elle écrit pleins de trucs.
Tu vois tu retrouves le sourire?
C'est bien.








Jéricho Z Barrons et l’Ondine sibylline

Extrait n°23

Avril 1514, domaine de Dalkeith

            Barrons venait de passer les onze derniers mois en vain à arpenter l’Écosse pour retrouver Arielle. Même si celle-ci lui avait laissé une note sur sa coiffeuse, l’informant de son départ, il n’avait pas cru un seul instant que son Ondine puisse s’enfuir ! Elle l’aimait, il en était certain, il avait ressenti l’amour qu’elle éprouvait pour lui dans sa chair, pour la bonne raison que ces sentiments étaient partagés.
Maintenant qu’Arielle n’était plus là et que ce n’était pas seulement des cauchemars qui lui dérobaient sa bien-aimée mais la réalité, il ne refoulait plus son amour pour elle. Ce même amour qui l’avait poussé à sillonner les plaines, toutes les côtes Écossaises, les montagnes, les forêts... Bref, seul ou accompagné d’une garde, il n’avait pas renoncé à la retrouver vivante. Il ne dormait que rarement, seulement quand le sommeil l’emportait, mais il se réveillait à chaque fois en revivant cet atroce événement du 1er mai 1513.
Tel un écho à ses oreilles, il entendait constamment le murmure d’une phrase qui avait littéralement déchiré son cœur : « J’ai bien peur qu’elle ne vienne pas Jéricho… ».
En effet, Adrienne était partie chercher Arielle qui tardait à les rejoindre pour célébrer leur union. Et, au lieu de revenir avec sa promise au bras, la jeune américaine lui agitait devant les yeux une lettre et la traîne qu’elle avait trouvée, jonchant les marches d’un escalier au côté de quelques ornements de sa coiffure. Il était tellement atterré par cette supposition insensée qu’il n’avait même pas été en mesure de saisir le parchemin. C’est Hawk qui avait lu les lignes nébuleuses de son Ondine perdue :

Mon cher Barrons,

J’ai le regret de t’annoncer que je ne peux pas me résoudre à t’épouser. Tu m’en vois sincèrement confuse mais pour une raison que je ne peux te révéler, je suis contrainte de partir dès maintenant. Mon amour pour toi n’est pas à remettre en cause, sache que tu as énormément compté pour moi et que tu resteras toujours dans mon cœur. Toutefois, je ne peux pas rester auprès de toi, c’est terminé, je rentre chez moi !

Je te prie d’embrasser Lydia et Adrienne de ma part, elles ont été comme des sœurs pour moi.

Mes respects,
Lass Rayna

            Hawk était le seul à connaître l’écriture d’Arielle et il avait affirmé qu’il reconnaissait sa calligraphie. En revanche, plusieurs incohérences avaient été soulevées.
Barrons avait noté que l’en-tête contenait son nom de famille, ce qui était très étrange considérant qu’elle lui avait, dès le début, imposé de l’interpeller par son prénom alors que celui-ci ne laissait aucune femme prendre de telles libertés.
Elle avait également signé Lass Rayna, or, elle refusait obstinément qu’il s’adresse à elle de la sorte.
Hawk avait quant à lui, relevé qu’elle saluait Lydia et Adrienne, mais ne le citait pas, alors qu’Arielle avait toujours proclamé être très attachée à leur amitié.
Et puis, ce mot n’avait pas de sens, il était mystérieux. Arielle paraissait si éprise et rayonnait de bonheur le matin même. Adrienne l’avait effectivement découverte en train de rêvasser, un sourire épanoui aux lèvres, à propos de son homme tout en contemplant sa robe de mariée. À aucun moment, ni Lydia, ni Adrienne n’avaient eu le moindre doute quant à d’éventuelles appréhensions de la part d’Arielle. C’était une femme qui, malgré son amnésie, savait exactement ce qu’elle voulait. Et ce qu’elle voulait c’était Barrons ! Enfin… le croyaient-ils tous. Tous ses amis lui avaient d’ailleurs répété : « Jamais elle n’aurait pu te laisser de son plein gré ! »
A-t-elle eu peur ? La perspective d’une nouvelle vie l’a-t-elle effrayée ? Et si c’était ces cauchemars qui l’avaient fait fuir ?
Il avait alors demandé aux deux femmes si Arielle s’était confiée au sujet de ses mauvais rêves. Lydia lui avait appris qu’elle n’avait que rapidement évoqué ceux-ci lors d’une conversation au sujet d’une hypothétique grossesse. En entendant le terme « grossesse », Barrons avait recouvré ses esprits.
            – Prétends-tu qu’Arielle serait enceinte ? s’était-il affolé.
            – Nay, Jéricho, je ne pense pas qu’elle le soit ! Tu connais bien mieux que moi le corps de ta fem… d’Arielle et compte tenu de sa taille si fine, il serait très surprenant qu’elle soit enceinte. En revanche… euh…
            – Quoi en revanche ? Lydia, parle ! avait grondé Barrons.
            – Euh… Arielle était aménorrhée depuis votre rencontre, ce qui est très étrange et en même temps, ce phénomène arrive parfois en raison de situation traumatisante. Et euh… nous avons supposé que son amnésie en était la probable cause. Je devais l’amener rencontrer un guérisseur après vos noces afin de rééquilibrer son système hormonal. Quant aux cauchemars, elle nous avait seulement dit qu’elle n’avait aucun changement physique perceptible. Seule une série de cauchemars qui n’avait rien à voir avec l’enfantement l’indisposait. Mais nous ne savons rien de plus Jéricho, hormis que ta femme t’aimait d’un amour profond et sans limite. Je suis inquiète Jéricho, j’ai peur qu’il soit arrivé malheur à Arielle.

            Lydia s’était alors effondrée en larmes dans les bras d’Adrienne. Quant à Barrons, il avait écouté la mère de son ami très attentivement et ne savait plus que penser.
Ma femme serait-elle enceinte ? Se serait-elle enfui ? Aurait-elle été enlevée ? Et Adam Black, n’y serait-il pas pour beaucoup ? Comme par hasard, après avoir semé le trouble, ce fourbe demeure introuvable !

            Hawk avait sorti Barrons de ses élucubrations en lui rappelant que ce n’était pas la première fois qu’Arielle disparaissait. Anéanti, il l’avait sommé d’expliciter cet événement qu’il avait toujours préféré ignorer. Rien que de savoir qu’Arielle avait été la maîtresse de Hawk le mettait hors de lui, mais aujourd’hui, la situation critique ne lui permettait plus de mépriser cet épisode.
Adrienne qui n’avait pas connaissance de cette ancienne relation, s’était étonnée d’éprouver un sentiment passager de jalousie s’apaisant aussi vite qu’il avait surgi. Elle n’avait rien à craindre, même si Arielle était portée manquante, elle aimait sincèrement Barrons, il l’aimait en retour et il la retrouverait très vite. Ensuite, la célébration reprendrait là où elle en était restée. Et elle, sans avouer la moindre émotion à son mari, elle se laisserait progressivement conquérir puisqu’il lui clamait fortement être tombé sous son charme.
Barrons n’apprit rien de plus qu’il ne savait déjà, à savoir qu’après quelques mois de fréquentation, du jour au lendemain, Arielle s’était éloignée de Hawk sans la moindre explication.
Lui au moins avait reçu une note l’informant de son départ. Toutefois, Arielle et Hawk n’avaient pas partagé la même complicité et n’avaient fait aucun projet d’avenir. Arielle était restée très secrète sur sa vie et son histoire et ce n’est pas parce qu’elle ne s’en souvenait plus à cette période-là, mais c’était volontaire. Leurs rapports avaient été purement physiques et intellectuels, mais nullement sentimentaux. Hawk le reconnaissait maintenant qu’il avait rencontré Adrienne qui n’avait pu s’empêcher de rougir de plaisir en entendant cette déclaration.

            Après avoir congédié les invités, Barrons, Hawk, Lydia et Adrienne avaient longuement examiné tous les indices qu’ils avaient en leur possession et en étaient venus à la conclusion qu’Arielle avait été kidnappée. Et peut-être même que le ravisseur n’était autre que ce forgeron qui n’inspirait confiance à personne. Barrons s’était gardé de les éclairer sur la nature féerique de ce malotru.

            Barrons et Hawk, accompagnés de quelques-uns de leurs hommes, étaient partis dès l’aube du matin suivant et avaient cavalé sans relâche jusqu’au château de Dalkeith. Le trajet avait été bien plus court qu’habituellement. Le temps leur était compté. Toutefois, bien qu’ils aient écumé les alentours, ils n’avaient repéré aucune trace d’Arielle.
Les femmes étaient restées au château espérant secrètement qu’Arielle reviendrait. Même si un moment d’égarement l’avait encouragée à fuir, cette option était largement préférable à son enlèvement.
            Toutefois, les efforts des hommes n’avaient abouti à rien, ils n’avaient pas recueilli la plus minuscule des informations. Et en parallèle, Arielle n’était jamais rentrée ni au château de Dalkeith, ni au sien. C’est comme si elle s’était volatilisée. D’ailleurs, après quelques jours de recherches infructueuses, Barrons conjecturait qu’Arielle ne se trouvait plus sur les terres Écossaises. Il était convaincu de la culpabilité d’Adam Black et malgré ses tentatives pour le retrouver, il ne parvint pas à mettre la main dessus avant cette fameuse visite royale...

            Barrons avait donc décidé de poursuivre seul ses investigations. Il était si contrarié qu’il lui arrivait souvent de se transformer en Barrons-bête et de demeurer dans cet état plusieurs jours. La souffrance émotionnelle qui en devenait même physique lui semblait bien plus supportable lorsqu’il perdait son humanité. Lui qui avait eu une vie sexuelle intense et débridée, depuis la disparition d’Arielle, il n’avait pas croisé le regard d’une femme. Il n’avait qu’une obsession en tête : retrouver son Ondine sibylline.
Barrons n’avait pas jugé nécessaire d’informer Hawk qu’il en avait après Adam Black. C’est pourquoi Hawk n’avait jamais pensé lui non plus, à faire part à son ami des brèves visites non appréciées du forgeron au château. Le laird de Dalkeith avait longuement interrogé celui-ci cherchant à obtenir des informations, l’avait même effrontément menacé, mais il n’avait pu lui soutirer aucune réponse.
Et ce fâcheux faë faisait en sorte de ne pas croiser le chemin de Barrons lorsque celui-ci faisait une courte halte chez les Douglas.

Comme elle avait disparu une fois et que pour une raison inconnue, elle était réapparue, Barrons se rendait très régulièrement sur quatre sites. Le premier était donc le château de Dalkeith et le second, celui qui aurait dû être le sien. Jusqu’à ce que Barrons admette l’absence définitive d’Arielle, le domaine de Marveith était dirigé par Grimm. Puis, il passait également de longues périodes près de la falaise où il avait fait la connaissance de sa bien-aimée. Enfin, il séjournait fréquemment dans les montagnes et notamment près de Ban Drochaid.
Le reste du temps, il chevauchait Asgard des kilomètres durant ou bien parcourait les lieux boisés et naturels en bête sauvage.

            Six mois plus tard, ironie du sort, après avoir cédé aux avances de Hawk, Adrienne l’avait lâchement abandonné au pied de l’autel lui préférant Adam Black. Le même jour où, un an auparavant, lui-même avait sommé Arielle de se marier avec lui, Hawk était délaissé pour un autre.
La colère de Barrons n’avait alors cessé de croître et il ne rendait alors visite à son ami que très rarement.


Cependant, en ce début du mois d’avril 1514, par le plus grand des hasards, en faisant une entrée discrète dans la salle de réception du château, Barrons découvrit la reine Aoibheal en train de s’extasier sur le tableau représentant Lydia, Arielle et Adrienne heureuses. L’image de ces trois femmes comblées avait été croquée le jour où la robe de mariée de la future Lady Barrons avait été confectionnée.
La reine Aoibheal venait de ramener Adrienne auprès de Hawk et s’émerveillait devant cette peinture. Adrienne et Hawk étaient enlacés et se tenaient près d’eux, Lydia et Tavis dans la même étreinte.
– Ah, je vois que vous avez eu le privilège de faire la connaissance de ma princesse Aniabeilla ! s’exclama la reine. Est-elle ici ? Je voudrais la saluer, je ne l’ai pas vue depuis plus de… trois mois en Faëry, ce qui fait… presque un an chez vous[1] ! Où est-elle ? demanda-t-elle ravie.

            Dans un fracassement de portes volontaire Barrons hurla :
            – Que dis-tu ? Tu connais Arielle ? Arielle Rayna ?
            – Arielle Rayna non ! Mais la princesse Aniabeilla assurément ! Bien le bonjour Jéricho ! répondit fièrement la reine.
– La princesse quoi ? s’écrièrent de concert Hawk, Lydia et Adrienne.
            – La princesse Aniabeilla, répéta plus lentement Barrons.
            – Tu es donc familier avec son nom de faë ! commenta la reine Aoibheal.
            – De faë ? s’insurgea Barrons. Mais Arielle n’est pas une faë, je l’aurais senti sinon !
            – C’est… euh… c’est très compliqué Jéricho ! bredouilla la reine, baissant honteusement la tête.
            – Attendez une minute, vous vous connaissez tous les deux ? Jéricho tu connais cet… univers parallèle au nôtre et tu n’en as jamais parlé ? Et puis vous vous tutoyez ?! Je croyais qu’aucune femme, mis à part Arielle, avait ce privilège ! s’agaça Hawk.
– Aoibheal n’est pas une femme ! Et qu’est-ce que ça peut te foutre de toute manière ?! Et toi Douglas… tu m’as également caché que tu fricotes avec la reine ! se moqua Barrons.
            – Pour sa défense, lui n’était pas au courant de ma nature féerique quand nous étions amants, toi en revanche Jéricho…
            – Hawk, tu as aussi couché avec la reine des faë ?! la coupa sèchement Adrienne, scandalisée.
            – Remets-toi Adrienne, c’était il y a fort longtemps ! Comment crois-tu que Hawk a acquis sa dextérité ? asséna sournoisement Barrons à Adrienne.
Puis, il se tourna vers la reine et la toisa sévèrement.
– Suffit maintenant ! ordonna-t-il d’une voix gutturale. Cesse immédiatement tes entourloupes Aoibheal et dis-moi ce qu’il en est d’Arielle ! vociféra-t-il comme un fauve en furie.
            – Si tu souhaites connaître l’histoire de Dariellae McKeltar, il va falloir que tu cesses d’appeler ta bien-aimée de la sorte. De plus, si tu connaissais l’origine de cette appellation… si tu savais qui s’appelle également ainsi… tu renoncerais à ce prénom ! ria-t-elle sardoniquement.
– Son histoire, son prénom ou que sais-je encore m’importe bien moins que de savoir où elle est !
– Mais c’est qu’il est amoureux notre Jéricho ! Je ne savais pas ça possible !!! le china de manière ostensible la reine.

Barrons lui décocha une œillade qui lui fit regretter son sarcasme et immédiatement rajouter :
– Tu vas être déçu mon Jéricho, mais je n’ai aucune idée d’où se trouve ta bien-…

            Barrons lui sauta dessus, lui plaqua une main sur la gorge et la menaça :
            – Tu as intérêt d’arrêter de jouer avec moi Aoibheal, je me suis montré patient et courtois jusqu’à maintenant, mais si tu ne me dis pas tout de suite où elle est… je t’assure que je retrouverai cette putain de lance de Longin[2] rien que pour te tuer !

            D’un geste de la main, elle repoussa Barrons qui se laissa faire, il attendait des réponses et il ne pourrait pas les obtenir si elle se décidait à disparaître se sentant trop rudoyée.
            – Jéricho, je ne sais vraiment pas où est Aniabeilla je t’assure. Je croyais qu’elle était parmi les êtres humains. Veux-tu savoir qui est ta chère Arielle oui ou non ? Sinon je n’ai plus rien à faire ici moi ! se fâcha la reine.

– Très bien je t’écoute, raconte-moi l’histoire d’Ari… de… peu importe comment elle s’appelle, je m’en contrefous de ça, je veux seulement retrouver mon Ondine !
           
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            La reine Aoibheal débuta son récit sous les regards ébahis de son auditoire qui s’abstint de tous commentaires pendant son interminable explication.

Celle que vous appelez Arielle Rayna se prénommait Darillae pendant sa vie humaine car elle est née ici dans les montagnes des Highlands, il y a plus de mille ans. C’était une grande prêtresse descendante de la Déesse Dana. Elle puisait son pouvoir de l’eau, d’où son rapport à l’énergie aquatique si fondamental pour elle et… certainement d’où te vient cette appellation étrange « Ondine », Jéricho !
Lorsque les murs entre le monde visible et invisible ont commencé à menacer de s’effondrer, j’ai décidé de confier la lourde tâche d’assurer ce maintien à Darillae. En effet, pendant des siècles j’avais cherché une femme au cœur pur pour lui confier la mission de protéger notre monde et le monde humain. Son âme avait besoin d’être d’une extrême brillance pour que la magie dont elle bénéficierait ne la détourne pas du bien. Cependant la magie vient toujours avec un prix et celui de Darillae serait de renoncer à son humanité. Une fois qu’elle aurait donné naissance à son premier fils, elle devrait se sacrifier, venir vivre en Faërie et devenir faë. Darillae qui était une femme d’une extrême bonté a accepté, certes le cœur lourd, mais a…
Elle a choisi de nommer sa lignée McKeltar, c’est donc elle qui est à l’origine du clan McKeltar. Elle a tenu de brèves secondes son fils dans ses bras, puis pour le bien de l’humanité m’a suivie sans aucune plainte alors qu’elle était totalement meurtrie intérieurement. Il lui a fallu des décennies pour s’en remettre et encore jamais totalement... J’estimais tellement cette femme que j’en ai fait une princesse. La princesse Aniabeilla.

Notre cher Amadan a dû user de tous ses charmes pour la conquérir. Aniabeilla a fini par se laisser séduire et durant des siècles ils ont vécu une relation tumultueuse. Mais elle s’est lassée et a trouvé le moyen d’échapper à notre vigilance. Amadan a mis des mois à la retrouver et lorsqu’il l’a vu en charmante compagnie de l’homme qu’il détestait déjà pour m’avoir entendue parler de lui en des termes bien trop élogieux, il l’a contrainte à revenir sur l’île de Morar. En effet, Aniabeilla avait rejoint les Highlands, sa patrie de sang, et avait passé du bon temps avec ce cher Hawk dont la réputation et le surnom « épervier » l’intriguaient. Elle désirait goûter aux plaisirs humains. Qui pourrait la blâmer pour un tel souhait ?!
Amadan l’a alors retenue quelques jours dans une cellule afin de lui donner une leçon. Nous avons récemment appris, quand Adam l’a, pour la deuxième fois, ramenée chez elle … après te l’avoir dérobée le jour de votre mariage Jéricho, l’horreur qu’a vécue Aniabeilla lors de son premier rapt. Le jour de votre mariage, il lui a imposé de t’écrire une lettre t’expliquant qu’elle te quittait.
Et… il y a… euh… presque quinze mois pour vous, elle a été enlevée à la vigilance d’Amadan, séquestrée et violentée par un faë, dont nous ne connaissons toujours pas l’identité. C’est là que l’histoire devient tragique. Ce malintentionné lui a fait boire l’élixir du chaudron, lui effaçant la mémoire jusqu’à sa première vie d’humaine et… et l’a privée pour toujours de son immortalité. Puis, il l’a déposée près d’un océan à la fin de votre mois de juillet, encore sous les effets de l’envoûtement infligé. Je suppose maintenant qu’il a été brisé par ta rencontre Jéricho avec Arielle.
Mes pouvoirs étant si vastes, je pensais pouvoir lui offrir pour la deuxième fois l’immortalité, mais une force obscure m’en a empêchée...

– Jéricho… ta femme est enceinte ! s’écria-t-elle.
– Mais comment est-ce possible ? Son ventre était si plat ! De combien de temps ? la questionna, Adrienne.
– L’âme d’Aniabeilla a connu tellement de magie que l’enfant qu’elle attend, un garçon, est tout sauf humain, cette chose… cette créature qui grandit dans son ventre est… bref, nous y reviendrons plus tard. Mais tout ce que je peux déjà dire c’est que cette grossesse ne sera pas agréable pour Aniabeilla, de plus, elle sera hors du commun... Elle a subi de trop nombreux ensorcellements pour tolérer correctement cette gestation… particulière ! dit-elle en couvant Barrons des yeux comme si elle était désolée pour lui.

Barrons ne pouvait articuler un mot, il était abasourdi par tant de révélations, il était heureux de savoir qu’il attendait un fils, et en même temps, la reine Aoibheal avait passé sous silence des informations. Il pressentait que la nature de son fils était bien pire que ce qu’elle l’avait laissé entendre. Elle protégeait son secret comme elle l’avait toujours fait.
Tout incapable de parler qu’il était, c’est donc Hawk qui s’enquit de savoir où celle qu’ils connaissaient tous ici sous le prénom d’Arielle se trouvait actuellement.
            – Malheureusement, c’est là que mon savoir prend fin. Toutefois, maintenant que je sais qu’Aniabeilla n’est plus ici, je présume qu’elle est retenue pour la seconde fois par le même ravisseur et je suis très inquiète de ce qu’il peut lui faire, mais…
            – Amène-moi avec toi Aoibheal ! l’interrompit sèchement Barrons.
            – Mais tu as toujours refusé de m’accompagner ! Et tu m’avais juré de ne JAMAIS venir !
            – Eh bien les choses changent ! L’adverbe « jamais » a eu la vie dure depuis ma rencontre avec Ar…, il n’aura plus JAMAIS le même sens ! Et puis, il s’agit d’Ar… de ma femme… même si nous avons été privés d’officialiser notre union et… il s’agit de mon fils ! murmura-t-il baissant la tête, inondé d’une amère tristesse.

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En Faërie,

            La reine Aoibheal et Barrons n’avaient pas perdu davantage de temps et s’étaient précipités sur l’île de Morar. Elle l’avait téléporté puisque de lui-même il ne pouvait pas le faire. Il avait conscience que ce serait une torture physique de se trouver dans ce lieu si chargé de magie qui l’avait toujours repoussé. Mais il aurait donné sa vie pour retrouver son Ondine. Étrangement, il n’avait pas détecté la magie d’Arielle même s’il avait toujours soupçonné qu’elle était spéciale. La reine Aoibheal lui donna les précisions qu’elle avait refusé de divulguer devant ses amis.
Elle lui expliqua alors que la femme qu’il aimait n’était plus faë. En revanche, la créature qui grandissait en elle serait aussi, voire plus bestiale que lui. Si Arielle était tombée enceinte c’était parce qu’elle était redevenue humaine. Dès leurs premières relations sexuelles, il y avait fort à parier qu’un embryon avait fait son nid. Cette grossesse serait bien plus longue et douloureuse qu’une gestation humaine. Ce qui expliquait que son ventre ne se soit pas encore arrondi.
            – Mais tu n’as jamais ressenti de noirceur chez Ania… Arielle ?
            – Non Aoibheal, enfin… disons que je me doutais qu’Arielle était… je ne sais pas, je… je savais que ce n’était pas une femme ordinaire. Elle m’a fait éprouver un arc-en-ciel d’émotions allant des plus sombres aux plus claires. Cette femme m’a métamorphosé et je ne parle pas qu’au sens propre si tu vois ce que je veux dire… Cette bête que j’ai repoussée pendant des siècles, j’ai réussi à la murer, laissant de la place aux sentiments. Et puis un jour, Arielle a subi les assauts d’un Each Uisge et ma colère a fait voler en éclat l’enclos de la bête. Je me suis alors transformé. Désormais, j’ai appris à dompter cette part de moi-même et je la contrôle parfaitement tant que les situations ne sont pas extrêmement menaçantes.

            La reine Aoibheal avait écouté très attentivement les confidences d’un ami cher à son cœur et lui déclara :
            – Je te promets Jéricho… je te promets que nous allons retrouver Arielle !
Alors qu’elle s’apprêtait à le prendre dans ses bras, Amadan entra dans la pièce et s’écria :
            – Mais que fait cette monstruosité chez nous ?!

            Barrons rugit de colère et hurla :
            – Où est Arielle ?!
            – À toi de me le dire, je ne sais pas où est passée MA charmante princesse Aniabeilla, ricana Adam.
            – Ne t’avise plus de l’appeler ainsi, elle n’est pas tienne, elle est à moi !
            – Ah tu préfères que je la nomme Arielle ?! s’amusa-t-il. Je vais te raconter une anecdote qui va te plaire... Sais-tu qu’Ariel est un surnom que l’on me donne également ? … Oui, je suis une créature divine aux multiples visages... Je serai curieux de savoir pour quelle raison ta chère fiancée s’était renommée ainsi ??? Certainement en souvenir de notre éternité passée ensemble ! railla-t-il dans un sourire goguenard.
            – Suffit, Sin siriche du ! Tu en as assez dit comme ça ! Pendant que tu te réjouis de la situation de Jéricho, sais-tu qu’Aniabeilla est portée disparue en Écosse également ! Amadan… je redoute qu’elle ne se soit à nouveau fait enlever par…

            La reine n’eut le temps d’achever sa phrase qu’Adam s’était éclipsé. Si elle n’était ni au palais de la reine, ni en Écosse, elle était forcément retenue par celui qu’il suspectait d’être à l’origine des premiers mauvais traitements qu’Aniabeilla avait subis.

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            – Darroc, petite vermine ! Je t’ordonne de me dire où tu retiens Aniabeilla ! aboya Adam le maintenant par le col de sa cape royale.
Celui-ci subodorait que ce faë était impliqué dans les deux disparitions d’Arielle au sein même de la cour Seelie. Darroc était un vieil ami qui, ces dernières décennies, semblait s’égarer dans les ténèbres. Il avait toujours été jaloux de sa relation avec la princesse Aniabeilla et comme tout le monde au palais, ce malintentionné avait eu vent des frasques de celle-ci avec des hommes et notamment avec Hawk, le dit « épervier ».
En effet, Darroc devenait de plus en plus tourmenté et agissait en conséquence.

            – Pourquoi tant d’agressivité, l’ami ?! persifla Darroc en le repoussant violemment. De quoi parles-tu ?
            – Ne joue pas avec moi Darroc, je sais que tu as kidnappé la princesse Aniabeilla il y a quelque temps et que… tu as récidivé il y a trois mois ! Dis-moi immédiatement où elle se trouve.
            – Je ne comprends pas ta colère envers moi mon cher Amadan, je t’ai fait une faveur. Ta chère compagne s’amusait avec des êtres humains, des hommes… beurk… Elle méritait d’être punie pour ses actes, rétorqua-t-il amusé par sa perfidie. Je pensais que tu m’en serais reconnaissant vois-tu… de me salir les mains à ta place ! Je suis extrêmement déçu par…

            Adam l’avait saisi par le bras et l’avait aussitôt téléporté auprès de la reine Aoibheal. Dès qu’ils étaient réapparus devant cette dernière et Barrons, il annonça fièrement :
            – Mes suspicions étaient fondées ma souveraine ! C’est lui qui est à l’origine des maltraitances de la princesse Aniabeilla et qui donc la garde captive je ne sais encore où !

            Il n’en fallut pas davantage à Barrons pour s’énerver au point de se transformer, non sans d’effroyables douleurs, en Barrons-bête. Il bondit sur sa proie et leva ses griffes acérées en direction du visage de celui qui avait ruiné son bonheur, enfin… celui qui avait perpétré les sévices à son Ondine. Celui qui était responsable de son récent malheur c’était Adam Black et lui aussi paierait pour ses outrages. Tandis qu’il défigura une première fois Darroc, Amadan s’écria :
            – Mais qu’est-ce donc que cette ignominie ?
            – Cette ignominie comme tu le dis, est le fruit d’expériences abusives créées par des personnes malveillantes de ma cour ! cria-t-elle excessivement irritée.
Elle radoucit son ton et s’adressa à Barrons qui était en train de lacérer Darroc :
– Je t’en prie Jéricho, reprends-toi… Le blesser autant qu’il t’a brisé, ne ramènera pas Arielle. Laisse-le nous indiquer où il la détient. Je te promets que le supplice de ta bien-aimée est terminé. Darroc répondra de ses actes par nos lois faës. Mais cesse de le torturer, cela ne sert à rien ! … Reprends-toi Jéricho, si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour Arielle ! Elle t’attend depuis bien trop longtemps !!!

            À cette dernière remarque, le Barrons-bête redevint l’homme épris d’Arielle et… nu comme au premier jour !

            – Je peux agréablement constater que certaines choses ne changent pas en revanche…, badina la reine. Elles demeurent ce qu’elles ont toujours été ! Amadan, avant que la tête ne me tourne, je te recommande vivement d’aller chercher de nouveaux vêtements pour Jéricho… et vite ! … Et dire que les faës sont bien bâtis… que dire de toi mon ami ?! rajouta-t-elle à l’attention de Barrons, esquissant un sourire en coin, le regard s’attardant bien plus qu’il n’en faut sur son corps dénué d’artifice.

            Lorsque la reine put enfin se concentrer sur la situation à résoudre, elle enjoignit Darroc de les conduire à Arielle. Celui-ci obtempéra rapidement. Il connaissait le règlement faë et ne voulait pas davantage s’attirer les foudres de la reine qui paraissait concernée par les désirs de… de « cette immonde expérience ratée » selon lui !
Arielle était enfermée dans un cachot sombre, portait la marque de coups et arborait le ventre rond d’une femme enceinte de six mois. Malgré l’obscurité, lorsque celle-ci entendit des pas, elle scanda d’une voix fluette :
            – Jéricho… tu… tu es là ! Och ! Mon Jéricho tu es là !
            – Arielle… je… je serais toujours là, combien de fois vais-je devoir te le répéter mon amour ?! chuchota-t-il, la gorge serrée, des larmes envahissant ses grands yeux et s’agenouillant pour la prendre tendrement dans ses bras.

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La reine Aoibheal avait sévèrement châtié Darroc et fait de lui un reclus pour un demi-siècle en Faërie, ce qui équivalait à plus de quatre siècles dans le monde humain. Cette pénitence lui donna une énième occasion de ruminer la vengeance qu’il commençait à préparer pour des siècles plus tard.
            Après s’être assuré qu’Amadan serait également puni pour avoir à deux reprises interféré dans le dessein d’Arielle, Barrons avait enjoint la reine Aoibheal de les ramener près du site de Ban Drochaid.
Amadan avait au préalable reconnu qu’il n’aurait pas dû forcer Arielle à retourner en Faërie en juin 1512, et encore moins le 1er mai 1513. La future mariée avait été désemparée par les révélations d’Amadan et malgré une lutte entre ces deux-là, elle avait dû consentir à le suivre, laissant derrière elle seulement une lettre... Ce goujat avait menacé de blesser l’homme qu’elle aimait le plus sur terre si elle se rebellait.
Le repenti avait également avoué être en partie l’instigateur de Darroc puisqu’il lui avait offert l’opportunité de proférer un traitement malveillant à celle que ce faë haineux jugeait condamnable de « péchés humains ». En effet, étaler devant la cour les aventures d’Arielle dans le monde humain n’avait fait qu’accroître la colère de ce faë perturbé. Darroc avait expliqué ainsi les deux enlèvements de celle-ci en Faërie.
Toutefois, Amadan se dispensa de présenter des excuses pourtant méritées. Un faë de sa trempe ne se rabaissait pas à une telle pratique !

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Au cœur des montagnes des Highlands

Barrons et Arielle ne désiraient plus se marier selon les coutumes humaines mais puisque la jeune femme était à l’origine une prêtresse et la première de la lignée McKeltar, ils avaient choisi de s’unir à la manière druidique.
C’était pour eux une cérémonie bien plus profonde qu’un mariage traditionnel. C’est pourquoi la destination requise au bon vouloir de la reine Aoibheal avait été le cercle des pierres levées. Ils souhaitaient officialiser leur lien dans la plus grande intimité. Dès qu’ils furent seuls, sans plus attendre une seule seconde Arielle déclara :
–Jéricho Z Barrons je m’unis à toi par le sacrement le plus puissant de mon clan : « Deux flammes pour une braise / Brûlent d’un même désir / Où tu iras, qu’il plaise / Aux dieux que j’aille aussi / Fasse que le temps n’apaise / Ni flammes, ni souvenirs. »[3].

De vives émotions de natures diverses traversèrent Jéricho. Il était foncièrement touché par ces mots prononcés par de nombreux couples avant eux. Le premier à avoir perpétré les rites d’une famille druidique était l’unique fils humain de Dariellae. Il avait immortalisé l’union sacrée d’un druide et de sa femme par ces magnifiques vers.
Jéricho Z Barrons répéta à son tour ce sizain. C’est alors que le tonnerre gronda et qu’une pluie diluvienne s’abattit sur eux. Toutefois, le déchaînement climatique, aussi redoutable fusse-t-il, n’aurait pu venir à bout de la passion qui les emporta à cet instant. Rien n’aurait pu séparer Arielle et Jéricho Barrons, non, rien ni personne !!!
À leur manière si… si fougueuse, ils célébrèrent pendant des jours leur récente union sacrée et la consommèrent plus que de raison. Le ventre arrondi d’Arielle n’empêcha nullement ces deux-là de laisser libre cours à leur fantaisie érotique…
Ils ne connaissaient en revanche pas les répercussions d’une telle alliance tous les deux étant de nature… de nature singulière. Avaient-ils réellement une âme ? Ils n’en avaient que faire, ensemble ils feraient face aux retentissements de leur amour. Ils étaient unis à jamais, pour toujours, seule cette idée comptait.
Il était Jéricho Z Barrons, elle était Arielle Z Barrons !
Ce qu’ils étaient dans leur chair importait peu. Ils étaient ensemble un point c’est tout !
Ils rattrapèrent donc largement l’année de câlins perdue. Ils se firent certaines confidences concernant l’enlèvement le jour du mariage, la grossesse, la fameuse lettre dans laquelle elle avait délibérément laissé quelques indices, ses mois de capture... Barrons avait aussi souhaité connaître l’origine de la nomination « Arielle ». Ce sournois d’Adam Black avait une nouvelle fois semé le trouble ! Cette appellation n’avait en définitive rien à voir avec Adam, Arielle n’était pas au courant qu’il portait également ce surnom. Elle avait juste conservé des lettres de son premier prénom « Dariellae ». Quant à son patronyme « Rayna », elle l’avait choisi arbitrairement.


Confortablement installés dans le chalet que Barrons possédait au cœur de cette montagne, ils avaient décidé qu’il était préférable de taire leur enfantement d’un garçon-bête. Même si cette initiative les rendait extrêmement malheureux, ils s’étaient résolus à cacher à leurs amis la survie temporaire d’Arielle. En effet, celle-ci ne pourrait plus jamais être immortelle et donc son âme finirait par quitter son corps le laissant inerte. Le temps que la vie leur donnerait à passer ensemble, Jéricho et Arielle feraient tout pour tenter de sauver leur fils de l’animalité qui le rongeait.
Barrons s’était donc rendu au château de Dalkeith pour annoncer le décès factice d’Arielle qui avait causé une grande peine à tous ses habitants. Il avait également informé Hawk qu’il refusait d’être le laird du château de Marveith. Il avait besoin de parcourir l’Écosse et ne souhaitait plus s’établir pour de nombreuses années. La vie à l’état sauvage était la seule à laquelle il aspirait désormais. Il avait donc fait ses adieux aux seules personnes qui aient compté un tant soit peu pour lui.
Il était ensuite retourné auprès d’Arielle qui souffrit le martyr pendant la longue gestation de son fils-bête. Même si Barrons y songeait, elle refusait de mettre fin à la vie de sa progéniture. Elle pensait, à tort, qu’avec tout l’amour qu’elle lui portait et porterait, elle pourrait contrôler sa bestialité. Mais l’histoire nous apprend qu’il n’en fut rien[4]. Et même si Arielle passa le reste de sa vie à tenter d’apprendre à son fils à maîtriser sa noirceur, elle quitta le monde du visible sans y être parvenue. Toutefois, celui-ci ne se transformerait pas en bête avant un siècle. Arielle ne sut jamais ce que le père et le fils étaient réellement.
Il arrivait tout de même fréquemment à Barrons de se décourager et de maudire la terre entière en se demandant ce que son fils pouvait bien être. Arielle le rassurait alors :
– Il est ce qu’il est ! Il est comme toi ! Tu es ce que tu es ! Vous êtes ce que vous êtes et… ça me suffit !!!


Ils passèrent près de cinq décennies à élever tant bien que mal leur fils si… particulier. Arielle et Barrons s’aimaient comme au premier jour, avec l’ardeur d’amants passionnés et n’étaient jamais repus du corps de l’un de l’autre.
Elle semblait ne pas vieillir, mais un jour…
Arielle s’éteignit dans l’éclat de sa beauté immortelle après une époustouflante étreinte dans les bras chaleureux de son homme. Néanmoins, elle emporta avec elle la lumière de Jéricho, ne lui laissant que des sentiments de colère, d’amertume, de désespérance, de tristesse et un appétit féroce de vengeance mais surtout… l’obsession de mettre fin au calvaire de leur fils bien-aimé…


Pendant près de cinq cents ans, Jéricho Z Barrons erra tel un lion en cage. Il parcourut le monde pour en finir jusqu’au jour où, une certaine Mademoiselle Lane[5], au caractère bien trempé, à la beauté insaisissable et à l’expertise sexuelle démesurée, qui n’était pas sans lui rappeler son Ondine, était apparue la bouche en cœur et sa garde-robe colorée.
C’était peut-être le début de la fin…

Arielle avait-elle enfin décidé de se réincarner et de l’aider à apporter le salut à leur fils en souffrance ?
L’avenir nous le dira…


Fin


[1] Le temps en Faërie, univers parallèle du monde faë, s’écoule bien plus lentement que dans notre monde humain.
[2] Lance de Longin : « Ce Pilier de Lumière des Tuatha Dé Danaan est l’une des rares armes mortelles pour les faës, quel que soit leur rang ou leur pouvoir. » d’après la définition de Karen Marie MONING.
[3] Sizain emprunté à Karen Marie MONING et issu de sa saga « Les Highlanders ».
[4] Voir la saga « Les chroniques de MacKayla Lane » de Karen Marie MONING.
[5] Mademoiselle Lane est l’héroïne de la saga « Les chroniques de MacKayla Lane » de Karen Marie MONING.


Déclaration des droits d’Auteur sous le numéro 00051639.

lundi 8 octobre 2012

Jericho Z Barrons et l’Ondine sibylline #22 par Erika Cazaux

Ma petite crêpe au nutella,

Alors oui nous sommes lundi, ici il fait un temps à te donner envie de te lapider avec des cailloux tranchants. Mais au lieu de cela je te propose de lire un nouvel extrait de la fan fiction  d''Erika. Ça fait moins mal et tu peux même te faire beaucoup de bien.
Alors fonces mon grand fou.

EXTRAIT 21








Jéricho Z Barrons et l’Ondine sibylline

Extrait n°22

Pendant que Barrons évacuait sa colère en entraînant férocement ses hommes à leur future attaque, Arielle, Lydia et Adrienne s’absorbaient dans les préparatifs du mariage. Ce matin, la jeune fiancée devait choisir les tissus et patrons utilisés pour confectionner les robes que les trois femmes porteraient et aussi le trousseau de linge de cuisine nécessaire. Elle devait également décider de la décoration du lieu de la cérémonie et enfin, de l’ambiance à conférer au jardin où se déroulerait la réception. L’après-midi, les meilleures couturières de la région se mobiliseraient pour créer la somptueuse robe de mariée dont pouvait rêver Arielle.
Malgré le nombre de tâches incombées, celle-ci ne pouvait cesser de rêvasser aux mains outrageusement habiles de son homme. Son imagination s’égarait totalement dans ses fantasmes. Elle ne pensait plus qu’au soir et au retour de son cher et tendre, au grand dam de ses deux amies qui ne comprenaient pas son manque d’intérêt pour les tissus présentés tous plus nobles les uns que les autres. Elle était si distraite que lorsqu’elle désigna d’un geste étourdi une étoffe d’une laideur exagérée, Adrienne s’enquit des raisons de sa négligence :
– Arielle, ne me dit pas que tes pensées sont encore tournées vers Barrons… euh… Jéricho, se reprit-elle, cet homme l’intimidait tellement qu’il était difficile pour elle de l’appeler par son prénom.
– … et par vos… vos activités… par la passion insatiable qui vous dévore tous deux. Vous ne pouvez pas échanger un regard sans que l’air s’électrise et que des phéromones l’envahissent d’une manière gênante ! Vous nous pourrissez notre air ! N’en avez-vous jamais assez ?!
– Qu’est-ce que des phé… phé… hormone machin chose Adrienne ? questionna Lydia visiblement intéressée par le sujet.
– Des phé-ro-mones Lydia, phéromones ! Ce sont des substances chimiques sécrétées par les êtres humains qui ressentent du désir sexuel et… et Arielle et Barrons en sont saturés de phéromones, ils polluent notre air de leur envie sex…
– Aye, on a compris Adrienne ! … Serais-tu jalouse Lady Douglas ? Souffres-tu de te refuser à ton cher Hawk « si insupportable mais scandaleusement attirant » pour te paraphraser ?! nargua-t-elle Adrienne.

Les trois femmes éclatèrent de rire ! Lydia était heureuse car enfin le ciel avait envoyé une belle-fille parfaitement accordée à son fils. Quant à Arielle, elle n’avait aucun souvenir d’une éventuelle famille, mais ici au château de Dalkeith elle avait l’impression d’appartenir à une famille… une famille de son choix. Elle n’avait aucun lien sanguin avec le laird et sa mère, ni avec l’étrange jeune femme venant du futur. Et elle connaissait depuis peu son homme sauvage, bestial même, mais elle les portait dans son cœur et se sentait comblée par le destin. L’interrogation d’Adrienne sortit Arielle de ses tendres pensées et l’intrigua :
– Tant que nous en sommes à évoquer des choses… des choses intimes, j’aurai une question des plus embarrassantes à vous poser. Comment faîtes-vous pour… euh… pour…
Ennuyée par sa demande, Adrienne s’était levée, pour feindre d’attraper un tissu et s’occuper ainsi les mains pendant qu’elle s’exprimerait. Mais elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’Arielle discerna une tâche rouge sur la robe blanche de celle-ci au niveau de son séant et s’écria :
– Och par Dana ! Tu es blessée, tu saignes Adrienne, que t’arrive-t-il ? Es-tu souffrante ? Ton saignement macule ta robe Adrienne, que…
– Zut ! Justement c’était l’objet de ma curiosité. Comment faîtes-vous à cette époque lorsque vous avez vos menstruations ?
– Menstruations ? répéta Arielle surprise.
– Oui, tu sais les règles quoi !
– Les règles, mais qu’est-ce donc que ces règles qui te font saigner à ce niveau-là ? Och par Dana, tu n’as pas été violentée au moins Adrienne, ce n’est pas ce Adam Black ? Il paraît si étrange !
– Non, rassure-toi Arielle, Adam est courtois en plus d’être diablement sexy. Mais es-tu sérieuse ? Tu me charries, tu sais bien ce que sont les…

Lydia qui était restée en retrait jusqu’à maintenant interrompit Adrienne et chercha alors à dissiper le malaise.
– Ma chère Arielle, sous-entends-tu que tu n’as jamais eu de pertes sanguines de… de la part de ton intimité depuis que tu as recouvré tes esprits sur cette falaise ? requerra-t-elle, un sourire équivoque aux lèvres.
– Je ne comprends pas du tout de quoi il est question… Och par Dana ! Le sang des lunes, mais oui bien sûr, je me souviens maintenant ce que c’est ! Quelle idiote je fais !
– Ah, tu m’as fait peur, tu es inattentive aujourd’hui, mais tout de même ! renchérit Adrienne.
– Attendez un instant, qui dit sang des lunes, signifie qu’une fois par mois, les femmes ont ses écoulements n’est-ce pas ? s’épouvanta Arielle
– Enfin, elle retrouve ses esprits la demoiselle ! s’amusa Adrienne.
– Félicitations ma chérie, tu es enceinte !!! chantonna Lydia radieuse. Ton aménorrhée s’explique par un petit être qui grandit dans ce petit ventre tout rond, ajouta-t-elle en touchant son ventre qui lui paru excessivement plat pour une femme enceinte. Arielle, à quand remontent tes dernières menstruations ma chérie ? s’inquiéta-t-elle.
– Eh bien justement, je ne les ai jamais eues depuis ma rencontre avec Barrons, répondit-elle en caressant elle-même son bas-ventre qui ne pouvait en aucun cas abriter un fœtus vu son tour de taille actuel.
– Och ! Ce qui t’amènerait environ à sept mois et c’est tout bonnement impossible !!! affirma Lydia. As-tu ressenti des symptômes comme des nausées ou bien des vertiges, as-tu noté des changements d’humeur ?
– Nay, rien de tout ce que tu me décris, en revanche je fais, depuis quelques mois, une série de cauchemars mais croyez-moi, ils n’ont rien à voir avec l’enfantement ! s’agaça Arielle. Existe-t-il d’autres raisons à l’absence de règles ? se préoccupa-t-elle.
– Aye ma chérie, tout un tas de raisons. Le traumatisme que tu as subi et qui a certainement causé ton amnésie en est peut-être la cause, tenta-t-elle d’intellectualiser cette situation troublante. Après tes noces, je t’accompagnerai chez un tzigane célèbre pour ses potions, qui te prescrira un traitement à base de plantes pour stimuler ton organisme et tout rentrera dans l’ordre, je te le promets, la rassura-t-elle la prenant dans ses bras chaleureusement.
– Merci Lydia, tu es amie formidable. … Maintenant occupons-nous du cas de notre voyageuse temporelle. Trouvons-lui un tissu qu’elle pourra utiliser pour son confort.
– Ah, je vais enfin connaître l’ancêtre de mes bonnes vieilles culottes qui me manquent tant !!! plaisanta Adrienne.

Après avoir terminé de disserter un long moment sur la condition féminine au XVI° siècle et avoir déjeuné, elles retournèrent dans la pièce qui accueillit un nombre insensé de couturières. Elles s’affairèrent tout le reste de la journée pour proposer à Arielle plusieurs modèles. À la fin de l’après-midi, elle hésitait encore entre trois toilettes radicalement différentes, mais toutes aussi ravissantes l’une que l’autre. Les trois seraient soigneusement confectionnées, il lui restait encore quelques jours pour choisir laquelle revêtir le jour de son mariage.
Tandis que l’une lui donnait un air de princesse, une autre était une robe bien plus simple mais qui soulignait ses formes avantageuses et la dernière était un compromis entre les deux. La première était principalement en soie sauvage blanc nacré, composée d’un bustier perlé et de sa jupe bouffante en crinoline ornée de broderie dorée. Cette dernière s’étendait jusqu’au sol et la traîne parsemée de perles de culture dessinant des roses était interminable. Quant à la deuxième, en soie sauvage brodée écru, dont le décolleté était mis en valeur par une ceinture brodée, elle allongeait sa silhouette gracile. Enfin, la troisième était essentiellement en satin de soie crème, accompagnée d’un liséré de corset en mousseline pailleté dans les tons bordeaux. À partir du liseré qui, telle une fine étole se rejoignait sur le sein droit descendait une cascade d’applications fantaisistes de même couleur jusqu’à la taille. De la dernière application commençait un pan de cette jupe évasée qui formait un triangle de ce même pourpre royal jusqu’au bas de la robe. Sur cette mousseline était brodée des fleurs de couleur crème.

            Toutes les trois avaient passé une journée éreintante mais elles s’étaient énormément amusées. Dès que le château de Marveith serait investi, elles passeraient les quinze jours restants à décorer le lieu de réception et le jardin. Un artiste de la cour les avait croquées et envisageait de faire un immense tableau de ses trois femmes riant aux éclats afin d’immortaliser cet instant de complicité féminine.


            Il était convenu que Barrons et Arielle passent les deux nuits précédant l’attaque au château afin de réviser une dernière fois leur plan et réunir les armes nécessaires. La promesse de Barrons d’étreinte sauvage faite en début de journée avait largement été honorée. Cette nuit-là, ils s’étaient aimés comme deux nouveaux amants. Ils étaient affamés l’un de l’autre. L’imminence d’un combat si crucial et l’excitation d’Arielle qui n’avait pas flanché malgré les épuisants préparatifs rendaient leur passion différente de celle d’accoutumée. Elle n’était pas moins exaltée, non, un feu sacré les animait et les transformait tous deux en brasier.
Si occupés à se satisfaire mutuellement, et si profondément connectés l’un à l’autre, le temps de quelques heures, ils avaient totalement oublié leurs tracas liés aux cauchemars, au passé trouble d’Arielle, son aménorrhée préoccupante, la présence étrange d’Adam Black… Et puis, en même temps, ils se disaient adieu pour quelques heures. Même si Arielle n’avait aucun doute sur le risque de revoir son homme, elle avait un besoin viscéral de le sentir en elle, elle se sentait complète et sereine possédée si amoureusement par son homme. Il ne lui avait encore jamais dit ce qu’il ressentait pour elle, mais lorsqu’il se perdait en elle, les mots n’avaient plus d’importance. Son amour, elle le ressentait jusqu’au plus profond de son âme. Même si elle n’entendrait probablement jamais ces trois mots qui ravissent tant les couples, elle pouvait s’y faire si son homme la satisfaisait jusqu’à la fin de leur vie de cette manière. Il n’y avait pas plus belle et sincère déclaration d’amour que sa façon de la faire sienne.
En revanche, afin de ne pas déconcentrer Barrons de sa tâche, l’avant dernière nuit avant l’attaque, Arielle avait dormi seule dans une suite et son homme… son homme était parti se ressourcer au sein de la forêt. Il avait besoin de solitude et puis l’abstinence des dernières trente-six heures décuplerait son énergie pour la bataille qui le mènerait à la tête d’un domaine. Le lendemain en fin de soirée, il fut rejoint par Hawk et leur armée. Ils avaient établi un camp à quelques lieux du domaine et dès l’aurore ils se mettraient en route vers l’avenir de Barrons et Arielle...


            L’offensive avait été si méticuleusement préparée que l’effet de surprise désarçonna le laird du château de Marveith. Même si celui-ci et son armée se défendirent de toute leur force, ils étaient nullement de taille à lutter contre Barrons, Hawk et leurs hommes.
Le laird qui essuya des pertes considérables abdiqua assez rapidement. Et alors qu’il remettait les armoiries de son clan, il tenta un geste désespéré à l’encontre de Barrons. Mais ce dernier, si rapide, lui planta la dague qu’il avait toujours à portée de main en plein cœur avant même qu’il ne l’ait réellement attaqué. Et c’en était fini du règne de terreur de cette ignoble famille.

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17 avril 1512
Lors du discours de Barrons annonçant l’investissement du château par lui-même et sa future épouse, il avait convié tous ceux qui le souhaitaient à assister à leur noce et à son sacrement en tant que laird du royaume le 1er mai, jour de célébration de Beltane.
Il avait également informé son peuple de ses intentions tant au niveau politique qu’économique. Arielle avait alors tenu à leur préciser qu’elle ne tolérerait pas les mauvais traitements dans son domaine. La terreur, la souffrance et la torture relevaient du passé et elle s’assurerait elle-même que cette future loi soit appliquée en toute circonstance. La promulgation de celle-ci serait d’ailleurs sa première action en tant que femme du laird de ce royaume.
La foule avait acclamé ses propos par un tonnerre d’applaudissements qui lui avait tiré les larmes au coin de ses yeux remplis d’amour et de joie. Toutes ces personnes, quelque soit leur catégorie sociale, devint sa famille à cet instant même. Elle n’avait aucun vestige de quelconques anciens liens, mais désormais cette amnésie importait peu, seuls le présent et l’avenir comptaient. Elle faisait partie de ceux à qui la vie avait donné une deuxième chance pour faire autrement et même, pour faire mieux peut-être, alors elle s’y emploierait chaque jour. Elle redonnerait au centuple ce que la bonne fortune lui avait alloué et elle chérirait son peuple plus que n’importe qui. Cette femme mature et généreuse était loin de se douter qu’elle n’en était pas à sa première nouvelle vie. Mais à ce jour, Arielle était heureuse et Barrons était lui-même heureux de contempler sa femme si heureuse ! Ah Barrons, heureux… vous y croyez vous ?
Eh bien… il existe un tableau révélant celui-ci un sourire aux anges illuminant son visage habituellement si fermé. Il était fréquent qu’à cette époque, des artistes de la cour, capturent les moments de félicité de leurs souverains. Toutefois, plus personne depuis, ne peut se glorifier d’avoir surpris Barrons arborant cette expression béate, même Mademoiselle Lane[1] n’a pas encore eu cette chance, l’aura-t-elle un jour ?
Barrons pouvait s’opposer à n’importe quel assaillant ! Or le seul qui en voulait réellement à sa femme était le destin et contre celui-ci, malgré ce qu’il était, demeurera à ce jour son unique adversaire invaincu…
Quant à cette peinture, les historiennes, en dépit de leurs efforts incommensurables, siècle après siècle, n’ont jamais déterré cette œuvre d’art inestimable. Ce pourrait-il que notre Jéricho Z Barrons l’ait brûlée le jour où sa vie s’est effondrée ou bien, le conserverait-t-il jalousement dans un recoin inaccessible à l’entendement humain et féerique ?
Le mystère persistera…

            Leur sermon avait été suivi d’un banquet joyeux et abondant. Dès que Barrons et Arielle avaient pu s’éclipser de ces festivités afin de se donner l’intimité qui leur était devenue aussi vitale que leur besoin primaire de respirer, ils s’étaient aimés dans un bosquet. Ce lieu deviendrait alors sacré pour eux, du moins pour quelques jours…

Les deux semaines qui précédèrent le mariage furent consacrées à la restauration du château. En peu de temps, celui-ci retrouva l’éclat connu d’antan quand le domaine prospérait encore. La cour et ses sujets, bienheureux de cette vague de changements s’étaient totalement dévoués aux rénovations, et Hawk avait mis à contribution son personnel. La promesse d’un avenir placé sous la corne d’abondance avait suffi à les motiver de prêter allégeance à leur futur laird. Ils étaient amplement récompensés en nourriture, leurs nécessités fondamentales étaient désormais comblées et ils étaient traités avec attention, comme des êtres humains, bref, une sollicitude qu’ils ne connaissaient plus depuis très longtemps.

Deux ailes du château furent entièrement réhabilitées, Barrons et Arielle avaient choisi une immense suite dont la vue sur les montagnes en arrière plan et l’océan bien plus près les ravissait. En effet, le château de Marveith était situé près d’une falaise.
De plus, tous les matins ils pourraient contempler le lever du soleil de leur balcon. De cette pièce se dégageait une chaleur engageante et les serviteurs l’avaient exquisément décorée sous les indications d’Arielle. Le reste de cette aile abritait une dizaine de quartiers comme celui-ci. Hawk et Adrienne faisaient toujours chambre à part. Celle-ci avait souhaité l’éloignement le plus grand possible mais Barrons, grâce à sa finesse d’esprit avait réussi à leur imposer deux pièces donnant l’une sur l’autre. Lydia occupait quant à elle, une habitation tout aussi charmante, non loin de celle de Tavis, ces deux-là se rapprochait de plus en plus…
Enfin, l’autre aile était réservée à la cour représentée par un certain nombre de nobles.

Tandis que Barrons et Hawk formaient la gente masculine à l’art de la défense, les femmes étaient accaparées par les finitions des préparatifs du mariage.
En ce dernier jour d’avril, les domestiques installèrent les décorations préparées en amont. Les jardins étaient magnifiés par des lampions tous plus lumineux les unes que les autres. Barrons et Arielle avaient choisi de célébrer leur union près de la falaise ainsi, ils auraient vue sur l’océan, rappelant ainsi leur première rencontre, et aussi leur attirance pour cette immensité. Symboliquement, cette étendue les décrivait à la perfection car malgré leur différence, ils avaient bien plus de points communs qu’ils ne le présumaient. Barrons avait adressé une courtoise et discrète demande au représentant le plus ancien du clan McKeltar d’officier la cérémonie. C’était en quelque sorte son cadeau de mariage. Arielle avait récemment, de manière inconsciente, prétendu descendre de cette famille druidique, peut-être qu’en ce jour de fête, une révélation viendrait parfaire leur bonheur…
Une magnifique arche de roses blanches accompagnées d’autres d’un rouge grenat accueillerait les deux tourtereaux et le druide. L’allée centrale conduisant à celle-ci était habillée d’un parterre de ces mêmes roses formant des serpentins bouclés. Des compositions florales dans les mêmes teintes étaient gracieusement déposées aux pieds des chaises adjacentes à ce couloir. De nombreux sièges, recouverts de lin couleur ivoire et brodées de liserés fleuris, rappelant celui des trois robes de mariées confectionnées, avaient donc été placés en deux rangées. Enfin, des pétales de roses de couleur fuchsia et pêche seraient, une heure avant la cérémonie, lancés dans les airs et au gré du vent retomberaient pour donner un effet désordonné volontaire.
La première partie de la réception, comprenant le service du vin d’honneur, se déroulerait dans le jardin le plus fleuri en ce début de saison et ensuite sous une corniche proche du château. Les tables furent dressées et élégamment décorées. Tous les ornements s’accordaient parfaitement, exaltant l’harmonie raffinée du décor paradisiaque créé. Arielle était conquise par l’embellissement d’un lieu qui était encore ravagé une quinzaine de jours auparavant. Même Barrons admit que le personnel et les trois femmes s’étaient surpassées. Le résultat était largement à la hauteur de leur engagement.

Pour la deuxième fois en si peu de temps, Arielle et Barrons avaient choisi de ne pas passer la nuit ensemble. D’une part, Adrienne et Lydia souhaitaient offrir une soirée entre femmes à leur amie, la couvrir de présents et la choyer par des soins de beauté indispensables à une future mariée. D’autre part, Barrons ressentait le besoin d’une escapade solitaire pour se préparer à dire « oui » ce qui équivalait pour lui à : « j’accepte de m’enchaîner à cette femme pour l’éternité, à cette femme au caractère aussi délicat que le mien, à cette femme sibylline, à mon Ondine sibylline… ». Le voulait-il vraiment ???
O.U.I.


La cérémonie devait avoir lieu à midi, Barrons était rentré de sa retraite deux heures plus tôt afin de se préparer. Il ne s’y était pas réellement intéressé mais des couturières avaient pris ses incroyables mensurations et lui avait façonné un tartan des plus distingués affichant les couleurs de leur clan, principalement rouge et noire, assorties d’un soupçon de blanc.
Bien sûr que cette tenue peut avoir du charme, je vous assure, surtout sur notre homme et quand on pense combien il est libre de tout mouvement en dessous... bref !
Et pour la première fois, il exhiberait l’écusson de l’emblème du clan qu’ils commenceraient à procréer très prochainement. Quelques jours plus tôt, Arielle et Barrons avaient choisi ensemble leur blason. Le fond était une vague sur laquelle apparaissait un nœud borroméen au centre duquel, empiétant sur les trois cercles entrelacés, se devinait l’ombre de canidés, la tête dressée comme si l’animal hurlait à la lune. Celui-ci s’apparentait à un loup d’une extrême puissance. Barrons avait eu l’idée de ce symbole, ce qu’avait immédiatement accepté Arielle comme une évidence. Au fond d’elle, peut-être savait-elle que son homme était une étrange créature ? Néanmoins, elle n’avait rien soulevé, elle lui avait juste certifié qu’il n’aurait pu trouver meilleur symbole. Barrons, suspicieux, avait également étouffé son impression qu’elle ne dévoilait pas tout ce qu’elle pensait...
Mais, après tout, il était Jéricho Z Barrons, Arielle était Arielle et bientôt elle serait Lady Arielle Barrons ! Ce qu’ils étaient, était superflu ! Ils s’acceptaient inconditionnellement, seule cette certitude comptait !!!

            La préparation d’Arielle, quant à elle avait duré des heures. En se rendant dans la pièce qui allait faire d’elle une princesse pour ce jour si émouvant, elle ne savait pas encore dans laquelle des trois robes, elle se donnerait par les liens sacrés du mariage à son homme. Toutefois, lorsque son regard se posa sur les toilettes soigneusement suspendues, un choix s’était imposé à elle. Même si l’attention chaleureuse de son entourage lui donnait l’impression parfois d’être une reine, la robe qui ferait d’elle une princesse ne lui ressemblait pas. Elle était magnifique et brillait de milles éclats, mais celle qui lui ressemblait le plus était celle qui épousait sa poitrine généreuse et son corps élancé. Dans cette robe longue mais prés du corps, elle paraîtrait moins petite à côté de son époux de gabarit imposant. Et puis, elle serait plus confortable, elle pourrait se déplacer plus facilement, danser même sans s’encombrer de jupon envahissant et puis… et puis Barrons pourrait bien plus aisément s’inviter dessous…
Cette pensée la fit rougir, ce que ne manqua pas de noter Adrienne, dont les hormones étaient largement éprouvées par la présence de son mari si prévenant ces jours-ci mais auquel elle se refusait toujours.
– Future Lady Barrons, pourriez-vous cesser de fantasmer secrètement ou mieux encore, nous faire partager à voix haute votre rêverie sur votre futur époux ?! Au moins, je sens que nous avons notre gagnante !
– Et vous, chère Adrienne, quand allez-vous céder aux avances de Hawk qui vous rendent folle ? La jalousie ne te sied pas Lady Douglas ! Il serait peut-être temps de… de se laisser convaincre, plaisanta la jeune femme.
– Arielle, tu n’es pas très solidaire des femmes qui comme Adrienne et moi vivons notre sexualité par procuration ! s’offusqua faussement Lydia.
– Och, ma Lydia, si tu ouvrais les yeux, peut-être verrais-tu qu’un très bel homme n’attend qu’un mot de toi pour t’amener avec lui au septième ciel ! renchérit Arielle. Et ne fais pas mine d’être surprise, tu vois parfaitement de qui je parle !
Arielle appuya sa tirade d’une œillade équivoque, mais n’en dit pas plus, Lydia avait encore besoin de temps. Elle poursuivit :
– Aye, tu as raison Adrienne ! Mon choix se porte sur cette merveille à laquelle je vais rajouter l’écusson de notre emblème en broche, compléta-t-elle ses dires en désignant du doigt la tenue.

            La robe longue de couleur ivoire était rehaussée d’une ceinture dorée placée sous l’opulente poitrine d’Arielle. Le haut de la tenue était en dentelle froissée qui remontait vers les fines manches. L’une était verticalement positionnée sur son épaule quant à la deuxième, elle retombait négligemment mais volontairement à mi bras. Le décolleté avait une forme arrondie. Son dos était également découvert à moitié. Son cou et sa poitrine étaient astucieusement dégagés puisqu’elle avait opté pour un chignon relevant sur le derrière de sa tête sa longue chevelure. Quelques mèches bouclées retombaient harmonieusement de cette coiffure. Ce chignon qui dessinait une fleur, était agrémenté de nombreux accessoires en diamant.
Arielle compléta sa tenue d’une parure d’améthyste offerte par Lydia en cadeau de mariage. Le collier cascadait jusqu’à la naissance de ses seins, quant aux boucles d’oreilles pendantes, elles s’accordaient parfaitement avec la tenue portée. Adrienne lui avait offert le bracelet assorti des mêmes pierres, lesquelles étaient joliment accompagnées de diamant. Elle l’ajusta à son poignet droit. La robe était cintrée au niveau de la taille puis devenait de manière subtile, évasive. Le bas était, quant à lui, composé de trois étages, laissant percevoir plusieurs jupons. Les deux premières hauteurs étaient du même tissu que la robe. Un liseré d’une quinzaine de centimètres se tenait au-dessus du premier volant. Celui-ci était en dentelle brodée de plumes, de perles et de paillettes. Le troisième volant était lui en satin nacré. Elle se chaussa de fines sandales à talons ; celles-ci étaient cachées par la robe. Pour le temps de la cérémonie, une longue traîne en satin brodée de fleurs et incrustées de diamants serait attachée au niveau de son chignon.
Lorsqu’Arielle avait glissé la toilette le long de son corps longiligne, elle avait senti que son ventre était plus à l’étroit que lors des précédents essayages. Elle avait, songeuse, caressé ce petit renflement. Puis, Lydia l’avait couverte de compliments et dirigée vers la coiffeuse afin de parfaire son visage déjà si éblouissant.
Un maquillage léger des yeux bleu clair d’Arielle, dans les tons roses nacrés sublimait son regard pétillant. Un trait de crayon noir à la racine de ses cils supérieurs l’amplifiait et le mascara quant à lui, fonçait et allongeait ses cils naturellement longs. Une touche de blush sur ses pommettes donnait un peu de couleur à sa peau porcelaine. Elle conserva la teinte déjà très rouge de ses lèvres auxquelles elle appliqua un brillant à lèvres.

            Même si l’écusson tranchait avec la robe, elle tenait à l’accrocher au niveau de son cœur pour signifier à Barrons qu’elle appartenait désormais au même clan que lui et qu’ils l’agrandiraient bientôt. Et aussi, elle souhaitait montrer à son peuple par ce symbole l’unité qui régnerait dès à présent sur ce domaine.

           
            Dans dix minutes, le glas sonnerait midi. Arielle encouragea ses demoiselles d’honneur à la précéder pour informer Barrons et l’assemblée que la future mariée était en chemin. Elle aspirait à cinq minutes de solitude pour apprécier ce moment qui la rendait si heureuse et le graver à jamais dans sa mémoire, son cœur et son âme…

            Arielle ne tarderait plus, les douze coups avaient retenti, d’une seconde à l’autre, elle apparaîtrait au détour de cette allée qui menait vers la falaise.
Les secondes s’égrainaient dans une lenteur exécrable. Barrons, impatient, comme à son habitude, n’en pouvant d’attendre, s’adressa à Adrienne :
– Janet, voudrais-tu aller chercher Arielle s’il te plaît.
            – Adrienne, moi c’est Adrienne, et je suis convaincue qu’elle ne va plus tarder, la dame se fait désirer voilà tout, tenta-t-elle de rassurer Barrons.
Or, au fond d’elle-même, elle sentait qu’un problème se profilait à l’horizon. Arielle était si heureuse de se marier qu’il n’était pas anodin qu’elle ne se montre pas.
            – Ja… Adrienne, ce n’était pas une question, c’était un ordre ! souffla Barrons entre ses dents serrés.
            – Tout de suite messire ! répondit-elle. Vous êtes encore plus désagréable que Hawk, maugréa-t-elle.
            – Qu’as-tu dis petite écervelée ? Veux-tu que je m’énerve ? s’exaspéra Barrons dont l’inquiétude croissait à chaque seconde écoulée.
            – Je suis partie ! lança à la dérobée Adrienne tout en se précipitant vers le château.

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            – ENFER !!! Je t’ai dit de me ramener Arielle… pas sa traîne ! Es-tu totalement sotte Janet ?!
            – Euh… Barrons… je…
            – Eh bien parle avant que je ne ravage en trois coups de griffe tout ce que vous avez consciencieusement préparé pendant des semaines.
            – J’ai bien peur qu’elle ne vienne pas Jéricho…, murmura-t-elle lui tendant une lettre de la part de son ex-future épouse.
            – QUOI ?! hurla Barrons à faire frémir le plus redoutable des monstres.

***




[1] Mademoiselle Lane est l’héroïne de la saga « Les chroniques de MacKayla Lane » de Karen Marie MONING.

Déclaration des droits d’Auteur sous le numéro 00051639.
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